Vendredi 29 août, 14 heures, nous rejoignons Chamonix et l'UCPA. Pendant que Chris ira se balader et mesurer l'ambiance dans la ville, j'en profiterai pour m'allonger et essayer en vain de dormir. Encore une fois, malgré toute ma volonté, je n'arriverai pas à faire la sieste. De plus, comment refuser des appels téléphoniques qui me souhaitent bonne chance et bonne course.
A 16 heures, Chris me rejoindra, accompagnés de ma soeur Solange, de mon beau-frère Alain et de mes deux neveux Paul et Adrien qui m'ont fabriqué un drapeau d'encouragements. Cela me fait très plaisir de les voir, mais en même temps, je sens que le stress monte. J'ai peur, il faut que je mange quelque chose, je m'enfilerai un flap-jack authentic nutrition qui devrait me permettre de prendre le départ sans problème. Puis c'est l'heure de m'équiper : corsaire ou short ? Il fait tellement chaud, mais finalement j'opterai pour le corsaire pour alléger mon sac.
A 18 h, je m'approcherai tout doucement de la ligne de départ les jambes tremblantes. La dernière fois que j'ai été aussi stressée c'était pour la diagonale des fous. Pourquoi, alors que d'habitude, je ne le suis pas. Est-ce la longueur ? J'attends cette course depuis le 8 janvier, et maintenant que j'en suis à 30 mn, je ne veux plus y aller.
La foule est déja nombreuse, des coureurs sont là depuis 16 heures, en plein soleil.. Un dernier bisou à Chris qui a mis tout son amour dans un beau drapeau à mon effigie, avant de suivre Dawa et rejoindre la banderole où 2 300 coureurs sont entassés et attendent cette course depuis des mois.. Tous les favoris sont là, assis par terre. Je me retrouve assise aux côtés de Scott Jurek. La pression commence à redescendre. Des dizaines de caméras sont autour de nous pour filmer, photographier. Et cette musique des chariots de feu qui me donne envie de pleurer.

18 h 30, le départ est donné. Partie sur la 2e ligne, je me retrouve bien vite doublée par des dizaines de coureurs. De nombreux spectateurs se sont massés le long de la rue piétonne. J'entends des "Allez Martine". Nous suivrons la route jusqu'au lac des gaillands. De là, nous emprunterons un sentier assez large et valloné jusqu'aux Houches. La pression est retombée, je prends mon rythme de croisière, surtout ne pas se mettre dans le "rouge". Nous traverserons un pont qui coupe l'autoroute. Des dizaines de voitures se sont arrêtées au bord de la route pour nous encourager. Quel succès nous avons !
Les Houches et le 1er ravito. J'attraperai juste un verre au passage avant de poursuivre mon chemin. J'aurai bien le temps de m'arrêter plus longtemps après. Et voilà la première montée, le col du Voza. C'est la première fois que je le monte, et je sais ce qui m'attend. J'ai eu l'occasion de le descendre avec Chris et je l'avais trouvé interminable. Je m'aide en posant mes mains sur les cuisses. J'avais décidé de ne prendre les bâtons qu'à Notre Dame de la Gorge. L'arrivée au sommet est magnifique avec le coucher de soleil sur les montagnes.

photo Pilou
Quel spectacle ! Je n'oublie pas de m'alimenter régulièrement. La descente raide au début sur St Gervais m'obligera à sortir ma lampe. Bien évidemment, je me ferai doubler (les descentes ne sont pas mon fort) et surtout je veux préserver mes quadriceps au maximum (la route est encore longue). Puis les premières lumières, la sono qui résonne et nous indique que St Gervais approche. Et là, quelle suprise, de voir toute cette foule venue pour nous. Jamais sur aucune course, nous n'avions eu autant de monde venus nous encourager. Cela me porte, et surtout je sais que je vais retrouver mon plus fidèle supporter. Le ravito est conséquent, rien ne manque, du salé au sucré... Je remplirai mes gourdes. Chris m'atend un peu plus loin avec mon ravito perso. Quelques gels authentic nutrition et des recharges de boissons énergétiques et me voilà repartie. 21 km de parcourus je ne sais pas en quel temps. J'avais décidé d'oublier le chrono pour cette course, mon seul but est de franchir la ligne d'arrivée et de ressentir cette émotion que j'ai si souvent rêvée.

Je rejoindrai ensuite les Contamines en longeant la rivière. Je ferai route avec certains compagnons réunionnais qui m'encourageront tout du long. Au ravito, je retrouverai Brigitte, Francis, Mathilde, Stéphanie. Il fait toujours aussi chaud. Je reconnaitrai ensuite le sentier qui nous amène à Notre Dme de la Gorge. Chris est là. Je suis obligé de l'appeler pour qu'il me voit. Il est aveuglé par toutes ces lampes frontales, il n'arrive pas à reconnaître les coureurs. Je lui dirai à demain, car maintenant je ne le reverrai plus avant Courmayeur.
J'ai pris mes bâtons, ils ne me quitteront plus maintenant. Il me faut rejoindre le chalet de la Balme, dernier ravito avant le col et la croix du bonhomme. Une petite soupe, du gruyère car il faut manger, mais je dois dire que je n'ai pas trop faim. Je m'équiperai avec un coupe-vent sans manches (ne surtout pas prendre froid au bonhomme, m'a-t-on répété). Je ne verrai pas passer la montée, je me sens de mieux en mieux. Je ne dirai pas de même de la descente sur les Chapieux qui me semble interminable, je la connais pourtant. Je ne me sens pas à l'aise dans cette descente, la peur de me fouler la cheville m'obsède. Mes pas ne sont pas sûrs.
Les chapieux et 50 km de parcourus. Cela me rappelle que des beaux souvenirs avec le tour du beaufortain. Martine, finie de rêver, pense à t'alimenter (compote, gâteau de riz, toute la panoplie est là) et ces bénévoles toujours aux petits soins pour nous. Merci. Nous ne serions pas là sans vous.
Je repars direction la ville des glaciers sur cette route qui n'en finit pas, 5 km il paraît. Un de mes compagnons de route me donnera des cours de géologie, cela fera passer le temps. Chacun notre tour, nous économiserons nos lampes et profiterons des étoiles pour nous éclairer. Puis c'est la longue montée jusqu'au col de la Seigne. Je me retrouve dans un grupetto où le rythme me va bien. Puis le sommet, il me tarde maintenant que le jour se lève. La descente sur le lac combal est caillouteuse, je commence à ressentir une douleur sur le pied droit, comme si ma chaussure était trop serrée. Une première fois je m'arrêterai pour la désserrer. Des coureurs que j'avais doublé dans la montée me redoublent. Puis le lac Combal enfin du moins le ravitaillement puisqu'il fait encore nuit et que je n'aurai pas la chance de le voir. Une deuxième fois je prendrai le temps de quitter ma chaussure, de vérifier que rien ne me blesse avant de repartir. Mais cela devient une obsession, je ne pense plus qu'à cela. Même le lever de soleil splendide au sommet de l'arête du Mont-Favre et tous ces coureurs assis là à contempler ces montagnes ne me feront pas oublier la douleur.
J'ai de plus en plus de mal à plier le pied et je dois me résigner à marcher pour rejoindre Courmayeur.
J'ai les larmes aux yeux, je me dis que peut-être cela va passer. Je n'arrive pas à me dire que je vais peut être devoir abandonner, je pense à cette course depuis des mois. J'ai du faire d'énormes sacrifices pour en arriver là. De plus, des partenaires au premier rang desquels Interflora, Quechua, Authentic Nutrition, Julbo, Leki m'ont soutenu. Je voulais vraiment vivre cette course en prenant du plaisir et là je n'en ai plus.
Mais je connais ce qu'il me reste à parcourir, je calcule dans ma tête pour savoir si en marchant jusqu'au bout, je pourrais quand même arriver dans les temps pour franchir cette ligne d'arrivée que j'ai si souvent rêvée de franchir. Je pense aussi à ceux ou celles qui aimeraient être à ma place aujourd'hui (ceux qui n'ont pas pu s'inscrire ou ceux qui nous ont quitté trop tôt). Les encouragements du public me vont droit au coeur mais ne suffisent plus. De plus, ma famille s'est déplacée pour la première fois de Lyon pour venir me voir à Courmayeur. Et Chris, qui doit m'attendre depuis des heures sans dormir. J'imagine leur déception !
Je les aperçois et m'effondre dans leurs bras, en pleurs. Le docteur me conseille très fortement d'arrêter immédiatement craignant une fracture ! Il est temps pour moi de rendre mon dossard et ainsi d'abandonner sur un trail pour la première fois de ma vie.
Je veux remercier tous les bénévoles, Chris, ma famille, mes amis, tous mes partenaires qui ont cru en moi et qui m'ont soutenu.
Comme le dit Chris, ce n'est qu'une course, il n'y a pas que cela dans la vie. Je ne dis pas que je ne reviendrai pas sur l'UTMB, mais pour l'instant, j'ai envie de tourner une page sur ces distances qui demandent un trop gros investissement personnel.
NB : suite à différents examens, il se confirme que c'est une récidive de mon abcès dentaire qui a provoqué cette seconde tendinite en 3 semaines. C'est "balot" !!!
Commentaires
Je t'offre mon arrivée comme une revanche sur celle que tu n'as pas pu avoir, et dieu sait si tu en rêvais. Et je te dis à bientôt en Ardèche, on fera des projets.
Plein de bises.
Alain.
T'auras la chance de retenter le coup un jour si tu le veux. Courage !
Bises
Soigne toi bien, et reviens nous vite sur les chemins...
Taz
Je te suivais particulièrement durant ce w.e. d'autant que je te savais trés bien préparée et c'est avec une reelle tristesse que j'appris ton abandon sur blessure! C'est un trés dur et cruel moment! la dur loi du sport! Ton bonheur, lors de ta prochaine victoire, n'en sera que plus grand!
Tu sais la cause de ton arret...souviens toi de tes récentes et belles performances, çà doit pouvoir t'aider à revenir encore plus forte...et surtout soignes bien tous les bobos!
bises
Alors pour vous deux...
Mal de dents, mal d'amour
Ainsi parle notre rêve
Ainsi parle un secret lourd
Parle nos amours trop brèves
Mal d'amour, mal divin
Ainsi s'expriment les astres
Je souffrais trop et tu vins
Comme un radieux désastre
Mal de corps, de l'âme, mal
Qui nous mine et nous emporte
Ce n'est rien, le principal
C'est de chanter à ta porte
J'ouvrirai ta porte ce soir
Et ton sourire cependant
Me laissera apercevoir
Le joyeux éclair de tes dents
J'ouvrirai ta porte ce soir
Ce soir, ce soir
Ainsi mon chant s'achève
Et mon cœur chante à son tour
Comme chante notre rêve
Mal de dents, mal d'amour
Mal d'amour, mal d'amour
Extrait d'une chanson de Jean MARAIS.
Bonjour à Chris et à bientôt sur d'autres chemins.
tu rebondiras rapidement ! j'en suis certain.
a bientôt...
à bientôt pour un autre récit celui ci plus joyeux je l'espère.
Le passé est derrière, l'avenir t'ouvre ses portes, alors à toi de regarder loin devant comme tu me l'as si souvent dit..
Bisous et à très bientôt pour reprendre plaisir à courir!
Bises
kiki
J'ai aussi eu un trac fou au départ de cette première participation.
J'y suis retourné et la seconde fois, sur la ligne de départ, je l'ai attendue cette musique, remonté a fond avec une seule envie: en découdre avec lui, l'UTMB.
Martine, tu reviendras sur cette course et je sais que la prochaine fois c'est toi qui auras le dessus. Et tu verras que le goût de la revanche est encore meilleur que celui de la victoire.
Bises
Cet échec UTMB est sans doute un grand pas, vers tes prochaines victoires en courses, et vers ta prochaine revanche sur l'UTMB ...
Grand avertissement, soignes bien tes dents !
JC
Gilles
Encore une facette de Tine qui se dévoile et qui ne fait que grandir l'admiration que j'ai pour toi.
Je m'arrête là, mes yeux sont déjà brillants...
Bravo, merci...
Bon repos, bonne recup et à très vite !
Biz
Pat
On était nombreux à te suivre et à espérer une belle place... malheureusement une tendinite vient tout gâcher.
Tu as largement les moyens de rebondir et tu restes une grand championne !!!
Excellente fin de saison et 'casse tout' en 2009 :)
A+
on dit souvent une de perdue dix de retrouvées
alors pourquoi ne pas l'appliquer aussi aux courses
en tout cas tu as su t'arrêter
et je sais que tu vas rebondir
tu restes humaine avec tes qualités et peut être tes défauts ( vu que je ne connais pas encore tes défauts ;) )
Un peu de repos physique et psychologique
et ne t'inquiètes pas pour tes sponsors, ils comprendrons
bisous martine
à bientôt romain
PS désolé de t'avoir réveillé pendant ta sieste ^^
Moi je dis Bravo Bravo Bravo: tu as sû t'arrêter à temps et arrêter n'était pas une décision facile à prendre.
à très bientôt
bises
"Comme le dit Chris, ce n'est qu'une course, il n'y a pas que cela dans la vie. Je ne dis pas que je ne reviendrai pas sur l'UTMB, mais pour l'instant, j'ai envie de tourner une page sur ces distances qui demandent un trop gros investissement personnel"
Je te comprends je n'aurais pas dit mieux...
A bientot
Jérome
En championne, tu seras probablement en tirer les pourquoi du comment,
et rebondir pour te faire plaisir sur d'autres courses.
Bises à vous deux
Laurine
Mais la réussite dans une telle épreuve passe aussi par un zeste de chance ; celà t'aura (nous aura) fait défaut ces derniers temps....
Les changements professionnels (pour toi comme pour moi)notamment....
Première blessure , premier abandon dans une carrière déjà bien sympa....Qui n'a pas connu ça ?
Ton mental et ton désir de te faire plaisir te ramèneront à chamonix (peut-être sur la CCC , mais c'est une superbe course elle aussi).
Je t'embrasse tendrement
A Nasbinals, je te croyais invincible.... Et voilà que ton tendon d'Achille se trouve dans tes dents.
Paraît-il qu'il est normal d'abandonner par deux fois pour réussir un UTMB; tu es encore sur les rails, donc.
Courage et au plaisir de te croiser.....pourquoi pas à Cham?
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